
Le Fifre, Manet (1866)
Casser ses jouets, les protéger, les choyer; jouer au grand, jouer au monsieur ou à la dame, jouer à la guerre; des beaux jouets, chers et pleins de couleurs, des jouets intelligents, des jouets qui n’en sont pas; les jouets des autres sont toujours plus beaux… Le poète nous enseigne sa morale du joujou : pour lui, le jouet initie l’enfant à la beauté et à l’art, inspire un imaginaire empreint de poésie, par leurs couleurs, par leurs formes.
Nostalgique, Baudelaire contemple la vitrine de son enfance, pleines de joujoux merveilleux. Il fait état de quelques souvenirs, comme celui de cette bonne dame, Mme Panckoucke, qui possédait dans une pièce un trésor de joujoux pour les bons enfants.
Il se remémore également le souvenir d’un pauvre gosse – « sale, assez chétif » – qui, sous le regard envieux d’un autre enfant – lui-même beau et bien portant -, joue avec un « rat vivant »… Il reprendra cette histoire dans Le Joujou du Pauvre, publié dans La Presse du 24 septembre 1862, puis sous la forme d’un poème en prose dans le Spleen de Paris. La présence de cette anecdote nous invite à une seconde lecture de ce texte, confrontant l’innocence d’une vision d’enfant sur le monde qui l’entoure à la bêtise du bourgeois qui ne s’amuse plus de rien.
|